Mon processus créatif en 12 étapes

La création d'un patron Atelier Maelström nécessite de nombreuses étapes et d'heures de travail. En effet, les patrons sont conçus, développés et testés en France afin de garantir un service de qualité et guider toutes les couturières, même les grandes débutantes. Au travers de cet article vous verrez tout le cheminement nécessaire pour créer un patron.


1/ Recherche de tendances :


Créer un patron nécessite déjà d’étudier un minimum les tendances : observer les défilés, regarder les vitrines des grands magasins, scruter le choix vestimentaire des stylistes/costumiers au cinéma, analyser les tendances chez les influenceurs... Pleins de petits détails qui peuvent paraître futiles pour un œil non exercé mais qui sont très utiles et nécessaires au cheminement de la création. Il faut pouvoir "sentir" les mouvements vers lesquels évoluent la société. Proposer un volume type cintré alors que la mode est à l'oversize ou au fluide, c'est rater le coche ! Bien sûr, l'ADN de la marque vient se mêler aux tendances pour que les clientes fidèles ne soient pas dépaysées par un changement de style trop radical. Pour ma part, j'ai un univers féminin avec des fronces, des volants ou des courbes douces.

En résumé, ma première étape est donc de réfléchir à un vêtement qui s'inscrit dans l'ADN de ma marque tout en proposant des pièces dans l'air du temps.


Temps : difficile à estimer cela est une imprégnation constante.


2/ Travail de variantes


Une fois le vêtement imaginé, je crée le dessin technique du devant et du dos. Puis, je m'interroge sur les variantes à proposer. Un dos nu et un dos couvrant ? Un manche classique et une manche fantaisie ? Un col chemise et un col Claudine ? Une variations dans les bretelles ? Dit comme cela, on pourrait croire que c’est une étape banale, et pourtant ! La réflexion sur les variantes au plus tôt est très importante car ces choix peuvent chambouler la gamme de montage, et donc amener la panique devant la machine. A proscrire !


Temps : environ 1 heure.

3/ Patronage


Vient ensuite l’étape du patronage, mon moment préféré ! Se représenter un vêtement fini en 3D à partir d’un morceau de kraft en 2D. N'est-ce pas fantastique ? Cela demande de la réflexion, de la précision, de la minutie, de la persévérance et du temps pour faire de belles transformations à la base afin d'arriver au vêtement voulu.

Si vous voulez en savoir davantage sur le patronage, j'ai écrit un livre à ce sujet. Retrouvez ici l'article concernant mon livre " Tracer ses patrons"


Temps : entre 2 heures pour un modèle simple, jusqu’à 5 heures pour une version complexe avec de nombreuses variantes.


4/ Réalisation d'un prototype et essai au porter


Une fois les pièces du patron découpées, place à la couture pour réaliser un prototype à mes mensurations. Cette étape est importante, car c'est une première vérification où je m’interroge « Suis-je à l'aise ? », « Est-ce que je peux m'asseoir ? », « M'accroupir ? », « Marcher à grand pas ? », « Bomber le torse ? », « Lever les bras ? », « Faire le dos rond ? »,... Des questions qui doivent vous faire sourire mais qui ont leurs importances. Le crash test dure une journée pour bien percevoir des potentiels désagréments, s'il y en a. Car rien de plus inconfortable qu'une carrure enfermée, une manche trop serrée, une jupe qui nous serre lorsque l'on s'assoie,…


Temps : 7 heures de montage et d’essais de finitions + une journée d’essai au porter.


5/ Correction(s) du patron


A la suite de mon essai au porter, je rectifie mon patron. Cela est assez rapide car les modifications sont minimes la plupart du temps, sauf s'il s'agit d'une forme de manche très originale ou d'un pliage complexe par exemple, où les modifications du vêtement 3D sont parfois « conceptuelles » à transférer en 2D. Si j'ai le moindre doute sur une transformation, je n’hésite pas à créer une pièce d’étude spécifique, voire à recommencer le prototype intégralement.


Temps : 2 à 5 heures.

6/ Gradation


Puis, vient l’étape la moins stimulante pour moi : la gradation. C’est le moment où je trace les différentes tailles pour que mon patron existe en 7 tailles : du 34 au 46. Ce n’est clairement pas le moment le plus fun de la conception car il suffit d’appliquer les règles d’élargissements, un travail de routine sans pointe de créativité. Juste appliquer à la lettre le tableau de gradation.


Temps : je n’aime pas cette étape alors 4 heures car je traîne des pieds !


7/ Calcul de la consommation de tissu et de la mercerie nécessaire


Une fois mon labeur de gradation effectué, je positionne la plus grande des tailles (ici le 46) sur le tissu, et j’étudie le placement optimal pour que toutes les pièces s’imbriquent. En effet, je pars de la taille la plus grande, pour avoir l’estimation maximale. Cette consommation n’est pas toujours représentative pour les petites tailles car les pièces s’imbriquent forcément mieux car moins larges. Je n’étudie pas le placement optimal pour chaque taille, ni pour chaque type de laize, cela me demanderait trop de temps. De plus, je rajoute toujours une dizaine de centimètres. A votre avis, pourquoi ? Et bien car j’ai fait plusieurs fois la mauvaise expérience d’acheter du tissu, et une fois à la maison, me rendre compte qu’il n’avait pas été coupé droit ! Outre la frustration d’avoir payé 1m50 pour se retrouver avec 1m40 de tissu utilisable, adieu la réalisation du modèle si la consommation a été calculée pile poil, ou bien bonjour le nombril si le top se voit raccourcit de 10 cm, tout cela à la cause d’une mauvaise vendeuse de tissus...


Temps : 2 heures.

8/ Rédaction de la gamme de montage


Next step (« prochaine étape » en anglais), la gamme de montage ! C’est un moment qui demande une grande concentration car je dois me projeter dans la peau d’une personne qui n’est ni modéliste, ni aussi expérimentée en couture que moi. Je dois penser à chaque détail, à des tournures de phrase précises et complètes pour que rien ne soit laissé au hasard. Des étapes qui ne laissent pas de place au doute, avec des schémas explicatifs ou des photos si besoin. En effet, je veux rendre la couture accessible au plus grand nombre, et que la couture reste un plaisir. Hors de question de s’arracher les cheveux ou de baisser les bras devant sa machine !


Temps : 2 jours.


9/ Lancement du test


Une fois mon patron et ma gamme conçus dans leurs intégralités, je sollicite mes testeuses et je leur demande leurs mensurations. Même si ce sont des testeuses fidèles, je redemande systématiquement car le corps évolue constamment et les mensurations aussi ! Je soumets alors le patron et sa gamme à mon panel de testeuses. Elles diffèrent toutes tant dans les niveaux, que dans les morphologies et les compétences. Mais deux choses les relient : leur bienveillance et leur sérieux. Je sais que je peux compter sur elles pour me dire ce qui ne va pas, ce qui pourrait être amélioré et ce qui est bien.


Temps : 2 heures (sans compter celui des testeuses!)


10/ Échanges avec les testeuses


Après un court temps d’incubation (entre 10 et 15 jours), mes testeuses me font des retours précis et détaillés. Elles me donnent leurs avis sur le bien aller du patron, valident la qualité des explications ou proposent des alternatives si elles pensent que je peux renforcer une étape avec une information complémentaire, elles vérifient les coquilles de la gamme, et elles peuvent aussi me donner de nouvelles pistes comme une version à ajouter, une finition supplémentaire, une astuce à ajouter dans la gamme, bref, de très bons moments d’échanges et de partages.


Temps : les échanges s’étalent sur une période allant de 10 à 15 jours.


11/ Corrections découlant du test


Une fois tous les retours recueillis, je prends un peu de recul et décide ou non de corriger certaines choses. En effet, concernant le bien aller, il y a des modifications évidentes et consensuelles à effectuer, mais parfois les suggestions ne sont évoquées que par une petite minorité des testeuses. Dans ces moments là, il faut savoir trancher. Soit effectuer la modification pour un petit panel de personnes, soit souligner ce point dans la gamme pour que les quelques personnes concernées puissent adapter le patron à leur préférence.


Temps : cela dépend des remontées. Entre 5 et 10 heures.


12/ Publication sur les différents canaux de distributions et communication


Pour finir, vient le moment de la publication de mon patron dans mes différentes boutiques (mon site et ma boutique Makerist). Cela semble être anodin, mais mettre en ligne un produit demande du temps. Une fois que tout cela est d’équerre, je préviens les testeuses et nous communiquons sur nos réseaux sociaux : post Instagram, stories, post Facebook, newsletter,...


Temps : environ 4 heures.


Mon processus créatif n'a maintenant plus de secret pour vous ! N'hésitez pas à commenter cet article pour me dire si vous vous doutiez du nombre d'étapes et du temps que cachait un développement de patron.